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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:58

Le 3 mai dernier, Elie Arié écrivait une tribune sur le site de "Marianne 2" au sujet du système de santé français. Cette tribune s'inscrivait alors, bien évidemment, dans le cadre des élections présidentielles. Ces propos sont donc à remettre dans le contexte du moment.

Aujourd'hui, en plein débat social, notre gouvernement va devoir faire des choix ! Ces derniers seront déterminants pour les prochaines années et donneront ou pas une connotation plus sociale à notre système de santé qui a été mis à mal par le gouvernement précédent...

Quels choix fera-t-il ?

Quelles solutions seront retenues ?

Parmi celles-ci, certaines se rapprocheront-elles de celles faites, ici, par Elie Arié ?

Cet article est un point de vue personnel que l'on partage ou pas. Je le mets en ligne aujourd'hui pour que chacun d'entre vous puisse faire avancer sa propre réflexion sur le système de santé français.

Gilles Bolzer

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Comme toujours, le programme du PS se caractérise par sa pauvreté et sa pusillanimité consternantes sur la politique de santé.

Comme il s’agit d’un programme électoral, qui ne saurait être exhaustif dans un domaine si vaste, voici cinq mesures concrètes susceptibles d’être facilement comprises par tout le monde, d’être rapidement applicables et de modifier considérablement les choses.

1- Dépassements d’honoraires

La totalité des spécialistes en bénéficieront progressivement, sans aucune mesure de plafonnement de leur quantité ou de leur montant ; cette évolution est la plus douloureusement ressentie par la population ; la notion même de « dépassement d’honoraires » doit être remise en cause,  elle est une spécificité française qui n’existe nulle part ailleurs, et elle vide progressivement de tout sens la notion d’un service de santé public, et constitue aujourd’hui le principal facteur d’exclusion des soins ; des négociations sur un mode différent et correctement pris en charge de rémunération des spécialistes doivent s’ouvrir avec la profession.

Il est à noter que cette remise en cause ne concerne que 50 000 médecins spécialistes isolés qui ne seront défendus ni par la population (qu’on voit mal dresser des barricades pour défendre le droit à dépassement non remboursé des honoraires), ni par les 50 000 généralistes libéraux qui n’y ont pas droit, ni par les 100 000 praticiens hospitaliers salariés non concernés : elle sera éminemment populaire, il faut perdre le complexe paralysant du « plan Juppé qui fait perdre les élections si on touche aux médecins ».

2- Cesser d’ augmenter les recettes (cotisations sociales et CSG) en fonction des dépenses.

La France est maintenant le pays qui consacre la part la plus importante de son PIB au système de soins (12%), après les Etats-Unis (17%), sans avoir de meilleurs résultats sanitaires et sociaux que d’autres pays de l’ Union Européenne ; par contre, ces 10 dernières années, notre assurance-maladie a creusé un déficit de 68 milliards d’ Euros, alors que celle de l’Allemagne (11% du PIB, où la qualité des soins est comparable et la couverture est également universelle) a dégagé pendant la même période un excédent de 3,5 milliards d’Euros .
Les efforts doivent désormais porter sur la rationalisation du système et sur la mesure transparente de son efficience par l’utilisation d’indicateurs de résultats.

3- Démographie médicale

La France n’a jamais compté autant de médecins dans son histoire (210 000) et présente un des taux de médecins par rapport à la population les plus élevés du monde ; mais il faut lutter contre leur répartition inégalitaire :

- par spécialités : la pénurie de généralistes qui s’annonce (aux effets encore accentuée par la féminisation de la profession) risque d’avoir des conséquences catastrophiques en terme de coûts ; la sélection entre spécialistes et généralistes doit être à la fois financièrement incitative (revenus) et autoritairement planifiée, en fonction des besoins ;

- géographique : les incitations financières ayant fait la preuve de leur inefficacité (prévisible, puisqu’un médecin qui s’installe dans un désert médical a la certitude de très bien gagner sa vie), il faut que la Sécurité Sociale puisse ne conventionner généralistes et spécialistes qu’en fonction d’une planification fondée sur l’estimation des besoins locaux- comme c’est le cas en Allemagne (avec possibilité de déménagements, pour ceux qui le souhaitent,  au fur et à mesure de l’arrivée de nouvelles générations de médecins sur le marché).


4- Hôpitaux publics

Si le principe de la tarification à l’activité doit être maintenu (distribuer davantage de crédits là où l’activité est la plus importante) ,si  la restructuration hospitalière doit être poursuivie (1 lit pour 20 000 habitants en France, pour 40 000 en Allemagne, d’où pléthore d’établissements dont chacun est sous-doté et en difficulté), elle ne doit pas se faire sur des critères purement comptables et n’avoir pour objectif que de « faire des économies ».

Puisque le marché, pour des raisons qui tiennent à la justice sociale, ne peut être le mécanisme dominant de régulation, il importe de mettre en place des systèmes de « sous-marché », ou de mise en concurrence efficace (sans sortir d’un financement public) par la transparence des performances et de l’efficacité de  l’utilisation des moyens alloués, et sa large diffusion auprès des assurés.

La question toujours conflictuelle  de « quel hôpital on ferme ? » doit être remplacée par celle du « quel hôpital fait quoi, et où ? », et la mise en réseau géographique de structures hospitalières d’importance inégale. [Vous pourrez lire, à ce sujet, cet autre article du blog ARS, place aux projets territoriaux ]

5- Hôpitaux privés (cliniques)

Leur traitement sur un pied d’égalité avec les hôpitaux publics ne pourra se faire tant que les médecins qui y exercent continueront à être payés à l’acte (leurs honoraires étant ainsi sortis du budget hospitalier), alors que ceux des hôpitaux publics sont salariés. Le salariat des médecins des hôpitaux privés est d’ailleurs souhaité par les groupes propriétaires de chaînes des cliniques ; il constituerait en même temps en grande partie une solution au problème des dépassements d’honoraires des spécialistes (point 1).

Elie Arié, tribune parue le 3 mai 2012 sur le site de "Marianne 2"

 

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Published by sante-securite.over-blog.com - dans CARSAT et ARS
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