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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 15:44

Je suis aide-soignante dans un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans la nuit du 7 au 8 janvier, j’ai pris ma garde à 21 heures. À 22 heures, j’ai été agressée par une des 23 résidents : coups de pied, coups de poings et même morsure. J’ai pourtant dû finir ma nuit de garde, car de toute façon il n’y avait personne pour me remplacer.

Quand je suis arrivée à la résidence, il me manquait une des résidentes. Je la cherche donc et finis par la trouver dans une autre chambre, sur le même lit qu’un autre résident. Pour des raisons de sécurité, j’ai demandé à la dame de me suivre. Ce sont des lits de 90 cm de large, où il est difficile de tenir à deux. Une chute aurait des conséquences dramatiques, surtout à leur âge.

 

Coups de pieds et de poings à l’abdomen

 

Mais la dame, qui est dans un état de démence avancé, n’a pas voulu me suivre, s’est débattue, a commencé à me donner des coups. Le monsieur avec qui elle se trouvait s’y est mis. La seule solution pour moi a été de partir de la chambre en courant.

J’y suis retournée 20 minutes plus tard, le temps que ça se tasse. Il fallait les laisser se calmer. Sauf que ça a repris de plus belle quand je suis revenue. J’ai pris des coups de pieds et de poings à l’abdomen. J’ai même été mordu à la main.

La solution : appeler le 15, les seuls habilités à intervenir car aucun médecin n’était sur place pour prescrire un calmant à cette dame ; j’étais seule. Les pompiers sont arrivés, sauf qu’ils étaient venus pour moi. Alors que ce que je voulais, c’était qu’au moins un des deux résidents soit hospitalisé d’urgence.

Mais les pompiers ont refusé d’évacuer la résidente, consigne qui leur avait été donnée par le centre 15, au motif qu’elle n’était pas blessée et se portait bien. Je n’allais pas laisser les résidents seuls pendant la nuit, j’ai donc signé une décharge.

 

État de choc

 

Ce qu’ils m’ont proposé, c’est de déposer une plainte. Mais je n’allais pas envoyer au poste au beau milieu de la nuit une personne de 93 ans, qui plus est atteinte d’un syndrome démentiel ! Je n’allais pas non plus passer la nuit avec une personne dans un état qui présente un danger pour elle-même et pour les 22 autres résidents.

Heureusement, la directrice de l’établissement était venue m’épauler et a appelé un médecin généraliste de ville qui vient régulièrement à la résidence. Il s’est déplacé en plein milieu de la nuit et a fait le nécessaire pour que la dame soit traitée. Il m’a aussi fait un certificat médical et a constaté les coups. Tout ça a duré jusqu’à minuit.

J’ai ensuite poursuivi mon service comme si de rien n’était. J’étais en état de choc, blanche comme un linge, m’a dit un autre résident. J’étais extrêmement fatiguée, tant physiquement que moralement.

 

Charte du soignant

 

J’ai repris la garde le lendemain, dans la nuit du 10 au 11 janvier. Et j’y suis allée la boule au ventre. Quand j’ai regardé le dossier de la résidente qui m’a agressée, je n’ai vu aucun changement dans les traitements. À part ce que j’avais noté, aucune trace de l’incident. Mes collègues n’en avaient même pas entendu parler.

Et c’est parce que je ne veux pas que cette histoire passe aux oubliettes que je m’exprime ici. J’ai une certaine force de caractère, donc ce n’est pas cet accrochage qui arrêtera mon amour de ce métier. Sauf que ce sont des situations qui arrivent fréquemment. Et beaucoup de collègues infirmiers et aides-soignants sont en dépression ou en burn-out.

On demande de respecter ceux qui reçoivent les soins. Dans tous les hôpitaux, la charte du patient est bien mise en avant dans chaque service. Mais pourquoi n’affiche-t-on pas une charte du soignant ?

Nous ne sommes pas là pour nous faire taper dessus, nous faire insulter, molester. Nous sommes des individus, pas des machines. Et il n’y a pas que des gens déments qui nous traitent de cette manière. Cet irrespect, ces incivilités, je les ai déjà constatés dans la bouche même des médecins. Alors pas étonnant que les patients et la famille s’y mettent, avec des "sale conne", "vous êtes tous des incapables".

 

Fatigue physique et morale

 

Cette situation est inadmissible. Et quand j’entends Marisol Touraine parler de la situation, je me dis que c’est facile de s’exprimer en étant assis sur une chaise. Que les dirigeants viennent passer une semaine à travailler avec nous, qu’ils constatent notre fatigue physique et morale ainsi que nos conditions de travail.

Mais je n’ai pas envie d’arrêter ce métier pour autant. Sauf que, si les conditions ne s’améliorent pas, je me demande jusqu’à quand je tiendrai. Car nous, aides-soignants et infirmiers, ne sommes pas respectés mais nous sommes aussi payés au ras des pâquerettes.

Je ne compte plus les heures supplémentaires non payées. Le 24 décembre, un résident est tombé et s’est cassé le bras. Je devais finir mon service à 7 heures, mais le temps de faire les papiers pour la transmission de l’Ehpad à l’hôpital, j’ai quitté à 7h30. Rien de plus sur mon bulletin de paie. Mais, dans ma tête, je me dis que j’en ai marre de faire le tampon.

 

Propos recueillis par Daphnée Leportois.

Source : www.leplus.nouvelobs.com

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Published by sante-securite.over-blog.com - dans Les RPS
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commentaires

Carole 07/02/2014 18:58

Dur dur ,comment concilier travail bien fait et désespoir de de certains jours..
oui nous exerçons un métier bien difficile et les déconvenues sont nombreuses.
Prendre le temps de la remise en question,et quand il ne s'agit que des patients ce n'est pas le pire.
On parle effectivement ,voir nous rabache la maltraitance ,l'humanitude ect,ect....mais parfois cela va bien au delà de ce que l'on vit avec les malades.
Trouver la juste mesure pour ne pas sombrer en toutes choses n'est pas si évident mais nécessaire pour sa propre survie..
Bon courage.
Carole

Babeth 07/02/2014 07:13

Élève aide-soignante, j'ai lu votre témoignage avec intérêt. Il y a une chose que je ne comprends pas : pourquoi êtes-vous retournée travailler le lendemain? Vous êtes une soignante, pas un
punching-ball. Votre direction ne vous a pas conseillé de rester un peu chez vous pour vous remettre de l'agression? Deuxième question : vous êtes seule la nuit avec les résidents? Et s'il vous
arrive quelque chose, qui vous remplace? Vos conditions de travail ont l'air difficiles... :-(