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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 15:40

Faut-il se réjouir du recul de l'absentéisme relevé par l'étude du cabinet Alma Consulting Group ? Ces bons scores traduisent en filigrane un phénomène apparu depuis quelques années qui inquiètent les psychologues du travail : le présentéisme ou "démission intérieure".

Présent mais...totalement absent. Voilà le paradoxe que traduit le présentéisme. Envers de l'absentéisme, il illustre à bas bruit souvent une situation de « burn out » ou de démission intérieure. Le salarié est présent physiquement mais psychiquement absent. Certains s'efforcent même de donner l'impression qu'ils travaillent alors qu'en réalité ils en font le moins possible. Une présence qui traduit plus un désengagement qu'une réelle motivation. Le taux d'absentéisme n'est donc plus un indicateur très fiable de la motivation des troupes en ces temps chahutés. D'ailleurs, la barre des 3 millions de chômeurs franchit depuis quelques jours risque fort d'amplifier ce phénomène. Crainte de perdre son emploi, angoisse de la précarité, difficulté à boucler les fins de mois, pression galopante au bureau, fermeture de sites, fusions et restructurations, tout concourt aujourd'hui à considérer son travail plus pour sa feuille de paye que pour une satisfaction personnelle. Et l'on craint désormais plus de se faire remarquer par son absence et de perdre le fil de l'information interne qui permettra en cas de coup dur de se repositionner. En clair : perdre du terrain. D'autant que nombre de consultants en ressources humaines conseillent aujourd'hui aux salariés de soigner leur « visibilité ».

Facteur de risque pour la santé au travail

D'où la sonnette d'alarme tirée par les médecins du travail qui voient dans le présentéisme un facteur de risque pour la santé des salariés. Travailler même quand on ne se sent pas bien ou qu'on est très fatigué, au bout du rouleau, ce n'est en effet pas sans risques. Au même titre qu'un sportif de haut niveau peut se retrouver sur le banc de touche pour avoir trop forcé, un salarié qui dépasse trop ses limites verra ses symptômes s'aggraver. Sans compter qu'il y a une forte adéquation entre l'état psychologique d'une personne et son état physiologique : une personne souffrant de fatigue émotionnelle aura une santé plus fragile. Enfin le présentéisme a un effet non négligeable sur la productivité : n'étant pas au mieux de leur forme ceux qui jouent la carte du présentéisme ne sont guère rentables. Mieux vaut donc qu'un salarié s'absente deux jours pour se reposer que six mois pour dépression, fait valoir le corps médical. Des études américaines ont ainsi montré que le présentéisme peut coûter cher aux organisations : on impute environ 60% des coûts du stress au présentéisme et 40% à l'absentéisme. En Europe le présentéisme coûterait en moyenne 20 milliards d'euros par an. Et une enquête de l'Université de Fribourg estime à près de 15% le taux d'employés en « démission intérieure ». Une moyenne plus faible dans les PME mais supérieure dans les administrations, les banques, et les compagnies d'assurance.


Mal typiquement français

La France reste encore la championne toute catégorie de ce phénomène. En Allemagne, en Suisse ou aux Etats-Unis, celui qui reste au bureau tard le soir est soupçonné de surfer sur Internet ou au pire d'être très mal organisé. A l'inverse, chez nous, celui qui part à 18 heures se verra apostrophé en blaguant d'un « bon week end ». Contredisant la croyance patronale qui voudrait qu'au moindre petit bobo un salarié s'absente, une étude menée au Canada par la chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail de l'Université de Laval a d'ailleurs montré que le présentéisme se nourrissait essentiellement à la source de la loyauté et du professionnalisme: ne pas laisser tomber les collègues, assurer sa charge de travail. L'étude souligne ainsi que la plupart se présente au travail même lorsque leur santé est défaillante. Quand on sait combien le sens de l'honneur et du travail bien fait dominent largement les affects des salariés français, on comprend aussi mieux pourquoi le présentéisme marque des points dans l'Hexagone. Ceux-ci attendront que leur productivité s'érode pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, avant de se retrouver contraints et forcés à prendre...un congé maladie. Si l'on s'en tient au bon vieil adage "mieux vaut prévenir que guérir", diminuer l'absentéisme comme le présentéisme reviendrait donc à améliorer l'hygiène de travail, son organisation et son ambiance. La clef restant la qualité des relations, des réunions d'équipe et de la gestion.

Source : journal La Tribune

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Published by sante-securite.over-blog.com - dans Société et travail
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