Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 17:03

Dans leur quête d’informations fraîches et fiables, garantes d’une intervention optimisée, les SDIS ont trouvé un nouvel outil : Open Street Map, la base de données cartographiques contributive libre. Une initiation était proposée en décembre 2013 lors de la 6ème rencontre territoriale de l’information géographique en SDIS organisée par le CNFPT à Dunkerque.

« Qui ne connait pas Open Street Map ? » Aucun doigt ne se lève parmi les 80 personnes présentes à la 6ème rencontre territoriale de l’information géographique en SDIS organisée par le CNFPT du 6 au 12 décembre 2013 à Dunkerque.

Voilà deux ans, quand Gaël Musquet, président de l’antenne française de cet outil de cartographie collaborative et chargé de mission à La fonderie, l’avait présenté pour la première fois, des doigts se levaient encore. Surtout, le regard sur Open Street Map (OSM) était dubitatif : “c’est un gadget, notre métier est trop sérieux, pouvait-on entendre”, se souvient Mickaël Defrancq, responsable du service communication et RH, lui-même contributeur d’OSM. Aujourd’hui, les SDIS ont bien compris son intérêt et commencent à l’utiliser. Open Street Map joue un rôle de complément, avec des données dans l’ensemble moins précises et homogènes que l’IGN, Tom-Tom (ex TéléAtlas) et Navtech (Nokia), mais mises à jour bien plus vite.

Rythme de diffusion bi-annuel - « L’IGN a des données de qualité certifiées, de confiance, mais elles ne le sont pas forcément pour la sécurité civile, car nous avons besoin de données fraîches », précise Yann Kacenelen, chef du SIG du SDIS de l’Essonne. L’institut met à jour les données au fur et à mesure, de façon homogène – une de ses missions définies par son contrat d’objectif et de performance – mais le rythme de diffusion n’est que bi-annuel, sur le principe d’un millésime. La pression/émulation provoquée par les autres outils a conduit à développer un système de récupéreration à la demande du différentiel des données mises à jour. Le SDIS du Finistère va tester le système. « Les éditeurs de données privés et OSM partageaient les mêmes « défauts » de couverture non homogène et donc de données manquantes sur certaines zones/communes.

Depuis, ces éditeurs privés ont amélioré leurs process de saisie terrain – avec des véhicules façon Google Car notamment – mais la « crise » et les restructurations après rachats les ont conduits aussi à réduire leurs effectifs… Du coup, HERE Maps/Nokia notamment se tourne vers les collectivités locales pour augmenter les remontées terrain », poursuit Yann Kacenelen.

« Je me sers d’Open Street Map pour voir s’il y a de nouveaux lotissements », donne en exemple Eric Haffner, géomaticien au SDIS du Haut-Rhin. L’information récupérée est mixée avec leurs données pour en tirer une carte. « Cela peut servir aussi pour localiser les appels de secours, en fonction de ce que voit la personne. L’IGN ne fournit pas certains descripteurs qui nous sont utiles, comme les bus et les abribus. Le STIF les possèdent mais ne les met pas en open data », indique Yann Kacenelen.

« Points of interests » personnalisés - L’autre intérêt d’Open Street Map est en effet de pouvoir rajouter des « points of interests » (POI) en fonction des desiderata des sous-communautés de contributeurs. « Les SDIS sont aussi intéressés par les hauteurs de ponts et les largeurs de voie, poursuit Jean-Marc Viglino, ingénieur au service des développements de l’IGN. Nous avons abandonné ces champs attributaires faute de moyens ».

Open Street Map s’inscrit dans l’évolution logique de la géomatique des SDIS qui a poussé le CNFPT à s’emparer du sujet. « Il y a eu une convergence dans les SIG entre les télécoms, la géolocalisation et la mobilité, qui a ouvert de nouvelles possibilités. Il y a eu un retournement des SIG qui les a conduits à se pencher sur le logiciel libre, analyse Mickaël Defrancq. On est passé d’un SIG de bureau à l’acquisition sur site, dans la rue, avec le grand public. »

Motiver des contributeurs - La présentation de Gaël Musquet a été suivie d’une « cartopartie » express, c’est-à-dire une collecte de données sur le terrain, en l’occurrence la route devant le bâtiment du CNFPT. L’importance du nombre de contributeurs est un nerf de la guerre de l’info fraîche : « L’outil a l’air d’être bien mais il y a 895 communes dans mon département et il existe peu d’informations sur les petites. Je manque de temps pour participer », note Olivier Leclerc, géographe au SDIS du 62, tout en suivant Gaël Musquet, qui, un téléphone à la main a commencé sa démonstration.

« L’arme du mapper, c’est le crayon, le bloc-note, et l’appareil photo », explique le jeune homme. C’est aussi l’OSMtracker, une application GPS permettant de prendre notes écrites ou au dictaphone, des photos et de rajouter des marques au fur et à mesure de l’enregistrement du tracé. Il tourne sous deux systèmes d’exploitation, Android et Windows phone. « Le passage protégé et la bande d’éveil de vigilance, on note, cela sert pour la mobilité des handicapés », indique-t-il. Trois mètres plus loin, l’arrêt de bus est consigné avec la voie surrélevée devant, puis la station de vélos en libre-service : le nombre de vélos, le système d’authentification, etc. Anodins en apparence, des blocs de rocher qui bordent la route ensuite sont aussi relevés : « C’est vous qui m’avez appris que c’est important, lance Gaël Musquet, car ils empêchent de se garer ». L’initiation s’est poursuivie au chaud, avec l’intégration des données dans OSM.

« L’outil est ergonomique et accessible, apprécie Cyril Mullard, du SDIS de Vendée. Il faudrait maintenant sensibiliser la hiérarchie, en invitant Gaël. Il y a toujours la crainte d’une mauvaise qualification des données. Nous utilisons déjà des outils libres et nous pourrions en développer de nouveaux avec OSM pour notre communauté. » « De plus en plus de SDIS, dont celui de l’Essonne, deviendront à l’avenir, je n’en doute pas, contributeurs OSM à leur tour, optimise Yann Kacenelen, et qualifieront ainsi de leur sceau les données reversées. »

Timide rapprochement avec l’IGN - L’amélioration de la collaboration avec les autres outils est aussi un axe de travail. Du côté des acteurs privés, rien n’est prévu pour le moment, . Leurs données sont propriétaires, « or la tendance est à la mutualisation entre collectivités », déplore Yann Kacenelen.

En revanche, un timide rapprochement s’ébauche avec l’IGN, en dépit de tensions entre les deux organismes, exacerbées par le rapport Trojette sur les redevances sur les données publiques.

Chantier prioritaire, les questions légales, soulevées par l’assistance lors de la présentation de Gaël Musquet : à qui appartiennent les données et quels usages sont autorisés ? Open Street Map a fait le choix de la licence libre ODbL : sa base de données est réutilisable et modifiable sans restriction, en citant la source, mais il faut que les nouvelles bases créées à partir d’elle soient sous la même licence ou sous une licence compatible. « C’est un contrat social, une garantie de réciprocité, c’est pour cela que les gens contribuent », répète Gaël Musquet.

Travailler sur la compatibilité des licences - En 2011, l’IGN a enfin donné accès au coût marginal au Référentiel à grande échelle (RGE) lorsqu’il est utilisé « pour l’exercice d’une mission de service public ne revêtant pas un caractère industriel ou commercial » mais ils ne peuvent pas les diffuser au public. Certains jeux de données cuvée 2012 mis en licence libre récemment « ont été récupéré par OSM », indique Jean-Marc Viglino, pour le reste « les licences sont incompatibles ».  

L’objectif premier est donc de trouver un entendement. Mais ce n’est pas prévu dans le prochain contrat d’objectif et de performance, en vigueur dès 2014 et pour trois ans, une éternité dans le numérique. « Dans un contexte budgétaire contraint et pour des questions d’efficacité au sein de l’administration – centrale comme territoriale -, ces données géographiques publiques doivent être disponibles et échangeables, ce qui est le cas depuis longtemps aux Etats-Unis », souligne encore Yann Kacenelen.

Cela n’empêche pas d’envisager « des collaborations mais plutôt du community funding que du crowdsourcing », poursuit Jean-Marc Viglino. En bon français, l’IGN pourrait s’appuyer sur des communautés identifiées et qualifiées plutôt que sur des contributeurs aléatoires, par souci d’avoir des informations précises et vérifiées, qui ne nécessitent pas de perdre du temps à les vérifier. A défaut, « il faudrait pouvoir indiquer le degré de fiabilité des données », détaille Jean-Marc Viglino. L’IGN n’est pas novice sur ces pratiques puisqu’elle fait déjà remonter de l’information par les SDIS, entre autres.

Source : www.lagazettedescommunes.com du 17 janvier 2014

Partager cet article

Repost 0
Published by sante-securite.over-blog.com - dans A consulter
commenter cet article

commentaires